Le nom Loup rouge fait référence au surnom donné à Wolfred Nelson, médecin, homme politique, patriote et principal chef de l'insurrection de 1837. Né d'une grande famille bourgeoise anglaise, sa famille quitte Montréal et s'établit à William-Henry (nom donné par les loyalistes à Sorel), alors que le jeune Wolfred a trois ans. En 1805, à l'âge de 14 ans, Wolfred Nelson se lance dans l'étude de la médecine. C'est vers cet âge qu'il commence à pratiquer. En cette époque, les médecins sont plutôt rares: c'est ainsi qu'à seize ans Nelson obtient la direction d'un petit hôpital militaire. Lors de la guerre contre les États-Unis en 1812, il est nommé médecin du 5e Bataillon de la Milice incorporée. Jusqu'à cet événement, il est un ardent tory et est porté à détester tout ce qui est catholique et canadien-français, mais une connaissance plus intime de ces gens change son point de vue. En effet, avec son affectation à la milice dont le quartier général de son bataillon est à Saint-Denis, il s'est beaucoup rapproché des canadiens-français si bien qu'après le conflit il s'établit dans ce village de la vallée du Richelieu où il commence véritablement sa carrière de médecin.
C'est à la suite de la guerre de 1812-1815 que l'on observe chez Nelson le développement d'idées réformistes radicales. Il commence sa carrière politique en 1827 lorsqu'il se porte candidat aux élections dans la circonscription de William-Henry, réputée pour être le fief du gouverneur. Dénonçant l'appui public du gouverneur Dalhousie envers son adversaire James Stuart, procureur général du Bas-Canada, il remporte néanmoins l'élection le 31 juillet 1827 par quatre voix de majorité. À la suite de son voyage en Europe, il est nommé juge de paix à Saint-Denis, mais l'assassinat à Sorel de son allié politique Louis Marcoux durant les élections de 1834 le marque profondément. Il devient donc de plus en plus radical à mesure que les abus de l'oligarchie au pouvoir sont plus apparents. Par la suite, Nelson fait plusieurs discours à saveur libérale et préside de nombreuses assemblées et réunions patriotes à Montréal, Saint-Denis et Saint-Charles notamment. En mai 1837, il organisa la première des nombreuses assemblées contre les mesures coercitives qui furent tenues dans la province cet été-là et y proposa sa première résolution condamnant les mesures antidémocratiques récemment mises de l’avant par Lord John Russell pour apporter une solution à l’inquiétante situation politique du Bas-Canada. À cause du rôle qu’il joua au cours de cette assemblée, Nelson fut relevé de ses fonctions de juge de paix. En octobre, il fut porté à la présidence de l’assemblée des six comtés, où, de nouveau, il proposa la première résolution, dictée par la colère: «quand une forme de gouvernement, quelle qu’elle soit, devient destructrice [...] c’est le droit du peuple de la modifier ou de l’abolir». Le 16 novembre 1837, le gouvernement riposta en émettant, illégalement, des mandats contre Nelson et 25 autres Patriotes sous l’inculpation de haute trahison. Peu après, Louis-Joseph Papineau et Edmund Bailey O’Callaghan rejoignirent Nelson à Saint-Denis, où ils décidèrent de résister à l’arrestation, de fournir au peuple des armes et des munitions et de déclarer l’indépendance du Bas-Canada le 4 décembre 1837.
Les autorités britanniques, cependant, avaient décidé bien avant cette date de passer à l’action. Quand elles apprirent que les Patriotes occupaient Saint-Charles et que Papineau était en compagnie de Nelson à Saint-Denis, elles lancèrent, dans la nuit du 22 novembre, une double attaque contre les deux places fortes des Patriotes. Une brigade aux ordres du colonel George Augustus Wetherall partit de Chambly et marcha sur Saint-Charles en même temps qu’une autre brigade, aux ordres du colonel Charles Stephen Gore, quittait Sorel pour aller secrètement s’emparer de Saint-Denis. La bataille commence le matin du 23 novembre 1837. Le chef rebelle se montre à la hauteur du poste qu'on lui confie: celui de général des insurgés de Saint-Denis. Sa confiance extrême se reflète sur ses troupes. Il force l'ennemi à se replier et les Patriotes de Saint-Denis, sous le commandement de Wolfred Nelson, remportent la victoire. Immédiatement après l'affrontement, le Dr Nelson s'efforce de porter les premiers soins aux nombreux blessés des deux camps. Prévoyant le retour de Gore et voyant ses effectifs diminuer de jour en jour, il quitte Saint-Denis avec quelques Patriotes le 1er décembre 1837 en direction des États-Unis. Quelques jours plus tard, il fut capturé, emprisonné et exilé aux Bermudes. Mais l'exil prononcé par Durham et son Conseil est déclaré illégal le 26 octobre 1838 par les Communes de Londres, mais il est toujours banni du pays. Il s'installe alors à Plattsburgh, non loin de la frontière bas-canadienne où il est rejoint par sa famille. Avec l'amnistie exceptionnelle votée par le nouveau procureur général du Bas-Canada L.-H. LaFontaine, Nelson peut désormais revenir au pays, ce qu'il fait au mois d'août 1842. Avec l'insistance de LaFontaine, il se présente comme candidat aux élections de 1844. Il est élu député de Richelieu le 24 octobre 1844, défaisant par le fait même Denis-Benjamin Viger avec 1053 voix contre 685. Il conserve son mandat jusqu'en 1851. Durant ces sept années, il continue à appuyer les résolutions favorisant le gouvernement responsable et l'abolition de la peine de mort qu'il qualifiait d'«assassinat légal». À l’Assemblée législative de l’Union, en 1845, il prononça son premier discours en français, alors que cette langue était interdite, et, en 1848, il s'attaqua verbalement à L.-J. Papineau à l'Assemblée législative qu'il accusait de manoeuvrer en vue de reprendre le leadership de la Chambre aux dépends de LaFontaine en faisant appel aux préjugés nationalistes. Seul peut-être un homme de la réputation de Nelson pouvait s’attaquer à un personnage aussi considéré avec un si grand effet. La puissance et la popularité de Papineau en furent fort affectées, mais la propre réputation du héros Nelson se trouva diminuée par la véhémence de son attaque.
À 60 ans, il annonce son retrait de la vie politique et on lui offre, pour ses services rendus au ministère Baldwin-LaFontaine, un poste d'inspecteur des prisons et des asiles de la province. Il fait plusieurs rapports sur les abus commis et les souffrances injustifiées infligées aux prisonniers. Malgré ses allégations passées, Wolfred Nelson est élu maire de Montréal le 7 mars 1854 devant Édouard-Raymond Fabre, un papineauiste, devenant par la même occasion le premier maire de Montréal à être élu au suffrage populaire. Dans l'administration municipale, il est un grand partisan du progrès socio-économique; il favorise notamment des mesures de bien-être en faveur des pauvres. Pendant son mandat, il publiera une brochure sur la prévention du choléra. Nelson et son fils Horace Henry, aussi médecin, seront reconnus pour avoir pratiqué la première opération sous anesthésie au Canada. Nelson décèdera en 1863.
(Sources: AUBIN, Georges. Wolfred Nelson. Écrits d'un patriotes 1812-1842. Montréal, Comeau & Nadeau, 1998. 178 pages.; AUDET, F.-J. Les députés de Montréal, 233s.; DAVID, Laurent-Olivier. Les Patriotes de 1837-1838. Montréal, Comeau & Nadeau, 2000, Édition originale parue en 1884. 360 pages.; FAUTEUX, Aegidius. Les patriotes de 1837-38. Montréal, Éditions des Dix, 1950.; FILTEAU, Gérard. Histoire des Patriotes. Montréal, Éditions del'Aurore, 1er trimestre 1975, 493 pages.; THOMPSON, John Beswarick. «Nelson, Wolfred». DBC, volume VIII de 1851 à 1880: U.L. et U.T.P., 1988 :655-659.; WOLFRED NELSON, Wolfred Nelson et son temps, Montréal, 1946.) |